Le cocker spaniel anglais
Un chien de chasse de taille moyenne devenu, en un siècle, l'un des chiens de famille les plus répandus d'Europe — sans cesser d'être un chien de chasse. C'est la seule chose à comprendre avant d'en prendre un.
Le caractère
Le standard de la race le décrit comme « gai », « plein de vie et d'exubérance », et remuant de l'arrière-train en permanence. C'est une description honnête. Le cocker est un chien affectueux, sociable, qui supporte mal la solitude et qui suit son monde de pièce en pièce.
Il est aussi sensible, au sens propre : il encaisse mal la brusquerie et se ferme si on le reprend durement. Une éducation ferme mais douce donne un chien facile ; la même éducation menée à la voix forte donne un chien inquiet. Ce n'est pas une race pour qui veut un chien qui obéit parce qu'on a haussé le ton.
Et c'est un chasseur. Le nez travaille tout seul, tout le temps. Un cocker qui a pris une piste n'entend plus rien : le rappel se travaille tôt, longtemps, et se retravaille toute la vie.
La taille et les robes
Un mâle mesure environ 39 à 41 cm au garrot, une femelle 38 à 39 cm, pour un poids de l'ordre de 13 à 14,5 kg. C'est un chien qu'on porte encore, qui tient dans une voiture, et qui a pourtant l'endurance d'un chien de chasse.
Unicolores et particolores
Les robes se rangent en deux familles, et la distinction compte au moment d'un accouplement :
- Unicolores — une seule couleur, éventuellement avec un peu de blanc au poitrail : noir, rouge, doré, foie, noir et feu, foie et feu.
- Particolores — deux couleurs nettement séparées, ou une robe rouanne : bleu rouanne, orange rouanne, noir et blanc, orange et blanc, et leurs variantes.
L'usage, chez les éleveurs sérieux, est de ne pas mélanger les deux familles. Un unicolore se marie à un unicolore, un particolore à un particolore. Les portées issues du mélange donnent des robes irrégulières et difficiles à prévoir, et le travail de plusieurs générations se perd en un accouplement.
Les oreilles, le poil, l'exercice
Les oreilles sont le poste d'entretien principal. Longues, lourdes, couvertes de poil et plaquées sur le conduit, elles ne s'aèrent pas. Il faut les ouvrir et les regarder chaque semaine, les sécher après un bain ou une sortie dans l'eau, et consulter au premier chien qui secoue la tête ou se gratte. Une otite négligée chez un cocker devient une otite chronique, et une otite chronique se soigne mal.
Le poil demande un brossage régulier — franges, culotte, dessous des oreilles, là où les nœuds se forment — et un toilettage plusieurs fois par an. Un cocker non entretenu n'est pas un cocker un peu ébouriffé : c'est un chien qui se feutre.
Côté dépense, comptez une vraie sortie quotidienne, pas un tour du pâté de maisons. C'est un chien construit pour fouiller un fourré toute la journée. Sous-employé, il s'invente des occupations, et elles ne vous plairont pas.
La santé et les maladies héréditaires
La race est robuste, avec une espérance de vie couramment de 12 à 15 ans. Elle porte en revanche un certain nombre de maladies génétiques identifiées, et c'est précisément parce qu'elles sont identifiées qu'elles peuvent être évitées : un test ADN sur les deux parents suffit à ne jamais produire un chiot atteint.
Les principales, celles qu'un panel ADN couvre :
- APR / prcd-PRA — atrophie progressive de la rétine, qui conduit à la cécité.
- Néphropathie familiale (NF) — insuffisance rénale du jeune chien.
- AMS — atrophie musculaire spinale.
- Déficit en phosphofructokinase (PFK) — trouble musculaire et anémie.
- Collapsus induit par l'exercice (CIE).
- Sensibilité médicamenteuse (MDR1) — intolérance à certains médicaments courants.
Ces maladies sont récessives : un chien porteur est en parfaite santé et le reste toute sa vie. Un chiot n'est atteint que si ses deux parents sont porteurs. C'est pourquoi la question à poser n'est pas « vos chiens sont-ils en bonne santé » — ils le sont — mais « quels tests ont été faits, et puis-je voir les résultats ».
Deux autres points relèvent d'examens différents, et ne sont pas couverts par un test ADN : la dysplasie de la hanche, qui se lit sur une radiographie par un lecteur officiel, et les tares oculaires, qui se dépistent par un examen clinique annuel chez un vétérinaire ophtalmologue. Un chien dont le panel ADN est intégralement normal n'a pas pour autant les hanches lues.
Ce qu'il faut vérifier avant de choisir un chiot
La race est populaire, ce qui veut dire qu'on en produit beaucoup et pas toujours bien. Cinq questions suffisent à faire le tri, et elles se posent au téléphone :
- Les deux parents sont-ils inscrits au LOF et confirmés ? L'inscription est une filiation ; la confirmation est un examen passé à l'âge adulte qui atteste que le chien est conforme à sa race. Un chien inscrit mais non confirmé ne peut pas produire de chiots inscriptibles.
- Quels tests génétiques, et sur quels chiens ? Demandez les résultats, pas la parole de l'éleveur. Un laboratoire délivre un document avec un numéro de dossier, qui se vérifie.
- Les hanches ont-elles été radiographiées ? C'est une question distincte de la précédente.
- Peut-on voir la mère ? Avec les chiots, chez elle. Un refus sur ce point clôt la discussion.
- À quel âge partent les chiots ? Jamais avant huit semaines ; c'est la loi, et c'est aussi ce dont le chiot a besoin.
Un éleveur qui répond volontiers à ces cinq questions est un éleveur qui se les est déjà posées.